Introduction

Reconstruire la voix d'Henri IV, converser avec son arrière-grand-mère pour retrouver ses recettes d'antan grâce à un agent conversationnel entraîné sur ses données, ou encore repenser les rituels liés à la mort à l'heure du numérique : ces scénarios, autrefois relevant de la fiction, deviennent progressivement réalité. Ils soulèvent avec eux une série de questions éthiques, techniques et philosophiques sur la gestion des données des défunts.

🔍 Une réalité émergente

Les nouvelles technologies transforment en profondeur notre rapport à la mort et à la mémoire. L'essor des « deadbots » — agents conversationnels simulant la présence d'une personne décédée — illustre comment les données personnelles peuvent survivre à leur titulaire et acquérir une nouvelle existence numérique.

Qu'est-ce qu'un « deadbot » ?

Un deadbot est un agent conversationnel entraîné sur les données laissées par une personne décédée — messages, emails, publications sur les réseaux sociaux, enregistrements vocaux, textes rédigés. L'objectif : simuler la présence de la personne disparue pour permettre une forme d'interaction posthume.

Cette réalité pose la question fondamentale du droit à ne pas devenir un avatar posthume, et plus largement, des enjeux liés à la conservation du patrimoine numérique.

Le cadre juridique applicable en France

Le RGPD ne s'applique, en principe, qu'aux personnes vivantes. Toutefois, la loi Informatique et Libertés française offre des protections spécifiques :

  • Toute personne peut formuler des directives anticipées sur le sort de ses données personnelles après son décès
  • Elle peut désigner une personne chargée de faire exécuter ces directives
  • En l'absence de directives, les héritiers peuvent exercer certains droits

⚠️ Un vide juridique persistant

Malgré ces dispositions, de nombreux usages liés aux données post-mortem — notamment les deadbots et la réutilisation à des fins commerciales — restent dans des zones grises du droit. La régulation tarde à rattraper les pratiques.

Les enjeux éthiques

Au-delà du droit, les données post-mortem soulèvent des questions éthiques profondes :

  • Consentement : la personne décédée a-t-elle consenti à ce que ses données soient utilisées pour créer un avatar numérique ?
  • Dignité : dans quelle mesure l'image et la mémoire d'une personne sont-elles protégées après sa mort ?
  • Droits des proches : qui décide de l'utilisation des données d'un défunt — les héritiers, la plateforme, l'entreprise ?
  • Deuil : quel impact psychologique ces technologies ont-elles sur les proches et le processus de deuil ?

Pour approfondir le sujet

Le 10ème Cahier Innovation et Prospective de la CNIL explore ces usages et enjeux des données post-mortem, de la mort à l'immortalité numérique : gestion des données et des comptes numériques après le décès, transmission des données, nouvelles offres d'agents conversationnels entraînés sur les traces laissées par les défunts.

Ressource officielle

Le cahier de la CNIL constitue à ce jour la référence française la plus complète sur le sujet. Il est disponible sur le site de la CNIL (www.cnil.fr).

Ce que cela signifie pour vous

Si vous traitez des données de clients ou d'utilisateurs décédés — dans le cadre de successions, de services de mémoire numérique, ou de plateformes sociales — vous avez des obligations spécifiques. Une révision de vos politiques de confidentialité et de vos CGU est probablement nécessaire.

Questions fréquentes sur les données post-mortem

Le RGPD s'applique-t-il aux données des personnes décédées ?

En principe, le RGPD ne s'applique pas aux données des personnes décédées. Toutefois, la loi Informatique et Libertés française offre des protections spécifiques, notamment le droit pour toute personne d'organiser le sort de ses données après son décès en formulant des directives anticipées.

Qu'est-ce qu'un « deadbot » ?

Un deadbot est un agent conversationnel (chatbot) entraîné sur les données laissées par une personne décédée — messages, textes, enregistrements vocaux — afin de simuler sa présence et permettre une interaction posthume avec ses proches.

Peut-on s'opposer à l'utilisation de ses données après sa mort ?

Oui, en France. La loi Informatique et Libertés permet à toute personne de formuler des directives anticipées sur le sort de ses données personnelles après son décès, en désignant une personne chargée de les faire exécuter. Ces directives peuvent prévoir l'effacement des données ou des restrictions sur leur utilisation.

Quels sont les principaux enjeux éthiques des données post-mortem ?

Les principaux enjeux portent sur le consentement (la personne a-t-elle accepté cet usage ?), la dignité et la protection de la mémoire du défunt, les droits des héritiers, les risques de manipulation ou d'exploitation commerciale non souhaitée, et l'impact psychologique sur le processus de deuil des proches.

Où trouver des ressources officielles sur les données post-mortem ?

Le 10ème Cahier Innovation et Prospective de la CNIL est la référence française la plus complète sur le sujet. Il explore les usages et enjeux des données post-mortem : gestion des comptes numériques après le décès, transmission des données, et nouvelles offres d'agents conversationnels entraînés sur les données des défunts.